Dans l’histoire du rock, certaines guitares dépassent largement leur statut d’instrument. Elles deviennent des symboles, des témoins silencieux de moments fondateurs. Lucy, la Gibson Les Paul rouge offerte par Eric Clapton à George Harrison, fait clairement partie de cette catégorie très fermée. À la croisée de l’amitié, du blues et de la pop la plus influente du XXᵉ siècle, Lucy est aujourd’hui l’une des Les Paul les plus mythiques jamais construites.
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Aux origines de Lucy : une Les Paul pas comme les autres
Avant de devenir “Lucy”, la guitare est une Gibson Les Paul Standard Goldtop de 1957, équipée de micros PAF humbuckers. Une combinaison rarissime, produite uniquement sur la fin de l’année 1957 et une partie de 1958. Les registres Gibson indiquent une sortie d’usine à Kalamazoo (Michigan) le 19 décembre 1957.
À l’origine, l’instrument circule déjà entre musiciens de renom. Elle passe d’abord entre les mains de John Sebastian, puis de Rick Derringer. Très usée, la finition Goldtop est finalement refaite directement chez Gibson dans un rouge translucide façon SG, un choix audacieux pour l’époque, et surtout décisif pour la suite de son histoire.
Eric Clapton achète Lucy presque par hasard
La guitare arrive ensuite chez Dan Armstrong Guitars, à Greenwich Village, à New York. Elle n’y reste que quelques jours. De passage dans la ville au cœur des années 60, Eric Clapton l’achète presque sur un coup de tête.
À cette période, Clapton joue déjà sur plusieurs instruments emblématiques (SG “The Fool”, ES-335, Firebird, Les Paul Sunburst). Lucy n’est pas sa guitare principale. Il la trouve excellente, mais en possède déjà d’autres. Et c’est précisément ce qui rend la suite si belle.
Un cadeau devenu mythique : Clapton → Harrison
En août 1968, Clapton offre la Les Paul rouge à son ami George Harrison. Un geste simple, sincère, sans calcul. Harrison la baptise “Lucy”, en référence à l’actrice rousse Lucille Ball.
À ce moment-là, les Beatles sont en plein enregistrement du White Album. George Harrison travaille depuis des semaines sur un morceau qu’il peine à faire décoller : While My Guitar Gently Weeps. L’ambiance est tendue, Lennon et McCartney peu impliqués.
Harrison a alors une idée simple mais brillante : inviter Clapton en studio.
“While My Guitar Gently Weeps” : Lucy entre dans l’Histoire
Le 6 septembre 1968, Clapton rejoint les Beatles aux studios EMI. Il n’apporte même pas de guitare : Harrison lui tend Lucy. La présence d’un invité change immédiatement l’attitude du groupe. L’atmosphère se détend, la concentration revient. Clapton enregistre le solo mythique que tout le monde connaît aujourd’hui.
Contrairement à une légende tenace, Lucy n’est pas offerte ce jour-là : Clapton l’avait donnée à Harrison avant la session. Mais c’est bien sur cette guitare que naît l’un des solos les plus expressifs de l’histoire du rock, avec ce sustain chantant typiquement Les Paul, porté par les micros PAF.
La guitare de prédilection de George Harrison
Après cet épisode Lucy devient l’une des guitares principales de George Harrison jusqu’à la fin des Beatles. On la voit dans les clips de Revolution et The Ballad of John and Yoko, dans le film Let It Be, et on l’entend notamment sur le solo collectif de “The End” sur Abbey Road.
Lucy n’est plus seulement une guitare offerte par un ami : elle est désormais associée à l’ADN musical de Harrison.
Vol, disparition et retour miraculeux
En 1973 Lucy est volée lors d’un cambriolage au domicile de Harrison à Beverly Hills. La guitare traverse alors les frontières et se retrouve au Mexique, après plusieurs reventes douteuses.
Après de longues négociations, Harrison parvient à la récupérer en échange… d’une Les Paul Sunburst et d’une Fender Precision Bass. Il parlera plus tard d’un véritable “kidnapping”. Lucy restera avec lui jusqu’à sa mort en 2001.
Une légende consacrée par Gibson : l’édition limitée de 2013
En 2013, Gibson rend hommage à cette guitare hors norme avec une édition limitée à 100 exemplaires, fidèlement reproduite : couleur rouge, usure, finitions, sensations de jeu.
Cette réédition ne vise pas seulement la collection. Elle célèbre une histoire humaine et musicale unique, où une guitare devient le trait d’union entre deux géants.
Et si on ne peut pas se procurer cette réédition on peut tout de même se rapprocher du mythe : une Les Paul rouge, de préférence « cherry translucide » comme sur les SG, fait souvent le taf.
Gibson Les Paul

Epiphone Les Paul

Sire Larry Cralton L7

Maybach Lester Wild Cherry Aged 59

Pourquoi Lucy fascine encore aujourd’hui
Lucy, ce n’est pas seulement une Les Paul vintage rare.
C’est :
- une guitare née à la fin de l’âge d’or Gibson,
- un instrument passé de main en main entre musiciens majeurs,
- le symbole d’une amitié sincère entre Clapton et Harrison,
- la voix d’un solo gravé dans la mémoire collective.
Certaines guitares racontent des riffs.
Lucy, elle, raconte une histoire.

